Le retour de l’Escadron Étrange en France ne se fait pas dans la liesse et sous les hourras. Ainsi va la vie des surhommes, un jour vous êtes acclamés, le lendemain conspués. Le C.I.D. leur ferme ses portes, l’armée française attend le moindre faux pas pour fondre tel le rétiaire vengeur et les journaux sensationnalistes en profitent pour faire leur choux gras en susurrant que le quatuor devenu trio serait traître à la nation. Le hangar où habitaient Aymeric et Jessica est réquisitionné par l'armée, les obligeant à prendre un logement au cœur de Paris. Son avion est aux prises avec une bataille juridique et administrative dans laquelle les militaires font les tatillons.
C’est dans ce contexte que se déroule tristement, pour les quelques personnes présentes, l’enterrement de Félix Dufaux au cimetière du Père Lachaise dans une atmosphère lourde de chagrin et de ressentiments.
Revient ainsi en mémoire le désert, le fort français, le cœur lourd devant le corps de Félix baignant dans son sang, tous les soldats français décédés et en même temps la joie d’avoir défait les forces mabusiennes et de s’être débarrassé des membres des Longs Couteaux. Jean Arlog leur parle de sa demande d’aide auprès du gouvernement français, son enlèvement, sa détention sous camisole chimique et au radium jusqu’à la venue de l’Escadron Étrange. Il réitère son soutien inconditionnel quant à la lutte contre Druuzo alors que le trio se remémore la mise en garde du voyageur temporel à son encontre : “Le sauveur de l’humanité et sa perte. L’apocalypse oubliée. Le tenir à l’œil.” Jean prend congé, invoque une tornade de sable qu’il chevauche, l’emportant au loin.
Mais à nouveau le présent s’impose à eux et chacun rentre chez lui pour trouver un paquet, le même pour les 3 équipiers. À l’intérieur, un globe de verre représentant la Lune avec à l’intérieur un message gravé. La lumière d’une lampe traversant le globe projette une poésie :
Le message accompagnant le colis indique sans le moindre doute l’expéditeur. Monsieur Soleil les envoie à nouveau résoudre une énigme.
Qu'à cela ne tienne, les voilà partis. Les uns vers l'Institut du Radium pour s'entretenir avec le voyageur temporel et l'autre vers la Sorbonne pour trouver l'origine du poème.
La vue de la sphère cristalline n'émeut pas le vieillard d'un autre temps qui n'a rien de plus à dire. Si ce n'est un rappel crucial à propos de la balise en forme de ruban de Möbius qu'il leur a confié pour le jour "où le ciel sera rouge et que la pluie noire tombera".En aparté à Aymeric de Saint Sernin, il demandera en murmurant comment va "jay jay" ? Le contact de sa main sur l'épaule d'Aymeric provoquant chez ce dernier un sentiment de malaise indéfinissable.
De son côté Ozie fait des recherches avec la professeure de littérature de la Sorbonne. Le texte est d'Arthur Rimbaud.Il ne reprend que les strophes 1 - 8 - 10 du bateau ivre et comme à son habitude, M. Soleil a mis en exergue certains mots: Cieux - Ressac - Mer - Nuit.
Le trio se retrouve à leur QG du café du Radium, non loin de l'université. Les journaux font leur Une à propos du chantier de l'Atlantropa ainsi que du départ prochain du paquebot Normandie. Ce dernier équipé de moteurs au Radium doit effectuer une traversée jusqu'en Amérique en un temps record. Cet article sur le Normandie évoque à Aymeric le souvenir d'un tableau d'Escher qu'avait conservé feu Félix Dufaux. Ayant gardé l'ensemble des toiles, il va contrôler son intuition. Effectivement, une des étranges peintures de l'artiste montre un paquebot sur des flots déchaînés, sous une pluie battante, surplombé par une mystérieuse silhouette. Sur la proue du navire, en tout petit, le nom Normandie.
Les voilà sur une piste. Il faut embarquer, mais renseignements pris auprès de Julien Marenval, les places sont toutes réservées à des V.I.P. triées sur le volet et hors de question d'embarquer des surhommes. En effet la Compagnie Générale Transatlantique désire faire homologuer son record de vitesse et cela invalide la présence d'êtres issus de la superscience.
Mais il en faut plus pour arrêter la détermination d'Albert Roche et de ses camarades. Des appels sont lancés, des rencontres sont faites et au final des solutions sont trouvées. Le Pr Esclangon et sa secrétaire acceptent de laisser leur place au Premier Soldat de France et à François de Vaucanson à la condition qu'ils testent un nouveau dispositif de son invention. Grâce à Jessica Jane, Aymeric prendra la place de Georges Fennech, un journaliste de l'Humanité chargé du reportage de la traversée. Il consent à la substitution n'étant que très peu à l'aise sur les océans.
6 jours pour se préparer, se raser la moustache et surtout pour remplacer le casque d'Albert Roche par la dernière invention de l'astronome. Un globe au Radium permettant de projeter une image tridimensionnelle de la tête d'Eclangon. Un caisson hyperbare afin que la vapeur humaine ne soit dispersée et quelques ajustements sont nécessaires. Ainsi équipé, à part une légère lueur verte, Albert a retrouvé figure humaine même si ce n'est pas la sienne. Ozie, quant à lui, use de son pouvoir de métamorphose des visages pour copier celui de la secrétaire du professeur.
Les voilà le jour de l'embarquement, et il y a du beau monde. Mme Lebrun, la femme du président, l'écrivaine Colette, l'actrice Valentine Tessier et deux chanteurs Pills et Tabet attirent les regards et les objectifs des reporters de presse. Un Maharajah et ses 4 gardes du corps indiens retardent quelque peu leur montée à bord qui se passe sans problème.
On visite, Aymeric/Georges sociabilise, Albert/Esclangon organise prochainement une visite de la salle des machines. Mais au crépuscule le ciel devient manifestement rouge. Sur une intuition, Ozie va se poster à la proue. Sur le trajet du bateau, une déchirure dans l’éther se rapproche inexorablement. Au delà, un ciel écarlate et une pluie noire. Il saisit le Ruban de Möbius qu’il transporte dans son sac et l’active. Mais déjà le navire s’engouffre dans la déchirure.
De l’autre côté, ce n’est pas de la pluie, mais de monstrueux cocons qui tombent du ciel par myriade dans l'océan autour du navire. En sortent immédiatement des insectoïdes humanoïdes recouvrant la mer de leur multitude et tentant déjà de grimper le long de la coque. Mais la vitesse et les parois lisses les en empêchent pour l’instant.
Ozie se précipite alors vers la passerelle où Albert l’a devancé. Ce dernier tente de convaincre le jeune capitaine de sa vraie identité de Premier Soldat de France. On lui intime l'ordre de quitter les lieux et le voilà en train de se défroquer à la hâte sur le pont afin de révéler son état de surhomme gazeux et d'avoir l'oreille du commandant. Il lui demande de surtout ne pas couper les moteurs et d'avancer bon train quand deux bangs métalliques font vibrer la carcasse du navire. Deux cocons sont tombés sur le pont supérieur. Albert et Aymeric vont contenir l'abordage tandis que l'automate arrive sur la passerelle. Tombant son déguisement devant un capitaine qui commence à douter du sérieux de ce voyage, il explique aux auditeurs incrédules le portail dimensionnel par lequel ils sont passés, proposant de faire demi-tour afin de le reprendre pour sortir de cette dimension. Les officiers de navigation indiquent que la nouvelle position des étoiles est cohérente avec un bond dans le temps équivalent à 1 mois. Ces derniers commencent à faire le point et des calculs d'itinéraire guidés par Ozie afin de rejoindre le passage temporel.
C'est la merde à bord ! Alors qu'Albert et Aymeric affrontent les deux envahisseurs de 2 mètre 50, le paquebot entame son virage et ce faisant ralentit. Les deux surhommes, tout en esquivant les crachats hautement acides des êtres venus d'ailleurs, se rendent compte que la perte de vitesse permet à la foultitude chitineuse encore à l'eau, de grimper le long des parois.
Aymeric fonce alors vers la passerelle, laissant seul, derrière lui, un Albert interloqué. Ce dernier se réfugie dans une coursive dont il referme la porte étanche. Aymeric arrive sur la passerelle et avisant la manette des gaz la pousse à fond sous les cris du capitaine qui se dit que c'est vraiment n'importe quoi.
Sous les jets acides, le mécanisme de fermeture de la porte se ramollit petit à petit alors que dans le ventre du navire retentissent de plus en plus les bruits de panique des passagers. Sachant Albert seul, Ozie quitte le poste de commandement, sa tâche terminée, afin de venir en aide à son ami.
Soudain, face à la verrière de la passerelle se détache du ciel pourpre une silhouette humaine flottant dans les airs. Ses yeux rougeoient et deux raies en sortent venant trancher des insectoïdes montés sur le pont. Le surhomme fait alors signe de le suivre indiquant vouloir les mener vers le portail dimensionnel.
À suivre.












